FRANÇOIS AMICHIA (Président du COCAN 2023) : ''Offrir une belle CAN à l’Afrique''


FRANÇOIS AMICHIA (Président du COCAN 2023) : ''Offrir une belle CAN à l’Afrique''

Article
Accueil Great Event Tv
 
| Great Event Tv | Interview | CAN  Vu 22050 fois
Article N°27080

FRANÇOIS AMICHIA (Président du COCAN 2023) : ''Offrir une belle CAN à l’Afrique''

Dans la ferveur des préparatifs de la Coupe d’Afrique des Nations de football 2023, le ministre François Amichia, qui préside le comité mis en place à cet effet, s’est accordé une petite pause pour répondre aux questions de la rédaction de Esprit. Il s’est agi globalement du respect des échéances de livraison des infrastructures, de la promesse d’une célébration mémorable du sport roi et accessoirement de sa casquette de président de conseil municipal, la plus remarquable le concernant dans la perception populaire. Rencontre d’Esprit.
 

La Confédération Africaine de Football (CAF) a décidé du report de la prochaine CAN prévue en juin 2023 à janvier 2024. Sans pour autant en changer la dénomination. Cette décision, qui a suscité aux premières heures des réactions et supputations presque partout sur le continent, constitue dans une certaine mesure une aubaine pour les autorités ivoiriennes en charge de l’organisation de cet évènement majeur. Un report que le COCAN 2023 entend mettre à profit pour garantir une CAN réussie à tout point de vue. C’est du moins la révélation que nous fait son président, le ministre François Amichia. Celui qui fait la couverture de ce nouveau numéro de votre mindstyle magazine nous livre les atouts qui ont prévalu lors du choix de la Côte d’Ivoire comme pays hôte de la compétition. Il détaille également l’héritage que cette grande manifestation laissera aux générations de demain. Il évoque enfin son œuvre en 26 années de gestion du conseil municipal de la commune de Treichville.  

La Côte d’Ivoire accueillera en 2024, pour la seconde fois de son histoire, la Coupe d’Afrique des Nations. Quel est le sens et la portée du succès de cette candidature ?

Je voudrais vous remercier pour cette opportunité que vous me donnez de parler, à travers votre prestigieux magazine, de l’organisation de la 34ème Edition de la Coupe d’Afrique des Nations de Football. Le fait pour la Côte d’Ivoire de candidater et d’obtenir l’organisation de la CAN symbolise et valide la vision du Président de la République. En effet, l’organisation de grands évènements sportifs internationaux constituait l’un des quatre axes du volet sport du document-programme du Président Alassane Ouattara.  C’est dans le cadre de la mise en œuvre de ce programme que le gouvernement a demandé et obtenu l’organisation en Côte d’Ivoire de grands évènements sportifs internationaux, tels que l’Afro basket et la coupe du monde de taekwondo en 2013, les jeux de la francophonie en 2017 et la 34ème édition de la Coupe d’Afrique des Nations de football pour 2023 qui vient d’être reportée en 2024.

Six grands stades de capacités comprises entre 20 mille et 60 mille places devraient accueillir les matchs de ce prestigieux rendez-vous. À quelle échéance les prérequis fonctionnels et sécuritaires seront-ils définitivement satisfaits ?

Nous serons prêts dans les délais impartis. Depuis 2017, le gouvernement a engagé un vaste chantier d’aménagement du territoire matérialisé par la construction d’infrastructures sportives et non sportives en vue de satisfaire les exigences du cahier de charges de la Confédération Africaine de Football. Les différents chantiers ouverts se poursuivent, de nouveaux vont commencer. Qu’il s’agisse des chantiers achevés, de ceux en cours ou de ceux encore à venir, il faut noter que tout sera prêt afin que la compétition se joue dans un environnement propice et sécurisé. Sur la question spécifique de la sécurité, les missions d’immersion que nous avons effectuées au Cameroun ont été très bénéfiques et nous comptons capitaliser sur les enseignements tirés pour éviter les incidents. Nos forces de l’ordre et de sécurité sont fortement mobilisées. D’ailleurs, il faut savoir que la présidence de notre commission Sécurité est assurée par le Directeur Général de la Police Nationale, qui accomplit un excellent travail avec les membres de sa commission.

Des chantiers importants comme la réhabilitation de la côtière et d’infrastructures hôtelières dans plusieurs villes de l’intérieur du pays sont en cours. À terme, quelles autres réalisations seront laissées en héritage à la Côte d’Ivoire ?

Accueillir un événement comme la CAN requiert à la fois un ensemble d’infrastructures sportives et non sportives pour la compétition mais également et surtout des expertises bien précises et outillées pour l’organiser selon les standards fixés. Tout ceci devant servir pour la compétition et l’après compétition.

Nous envisageons de laisser à la Côte d’Ivoire un héritage articulé autour de six piliers. Pour ce faire, nous allons bâtir dans une démarche inclusive un ensemble de biens matériels et immatériels, que nous laisserons en héritage à la Côte d’Ivoire et à sa population, pour aujourd’hui et pour demain.
Cet héritage concerne le (1) capital humain, c’est-à-dire un vivier de jeunes Ivoiriens dotés d’une expertise dans l’organisation d’évènements sportifs d’envergure internationale ;
(2) la durabilité des infrastructures, en leur assurant une utilisation pleine, diverse et pérenne après la compétition ;
(3) l’attractivité et le développement du territoire ; aujourd’hui, les villes hôtes et bien d’autres connaissent un essor grâce aux investissements qui ont été faits en termes de voirie, d’électrification, de construction et de réhabilitation de réceptifs hôteliers, d’amélioration du plateau technique des centres hospitaliers, etc…
(4) le respect de l’environnement ; sur ce segment, nous allons implémenter un système de tri sélectif et créer une filière de recyclage des déchets qui seront générés à l’occasion des matchs ;
(5) l’engagement, Inclusion et Education ; les populations seront sensibilisées au respect du bien public et sur bien d’autres thématiques telles que le sport et la santé ;
(6) et enfin la co-construction de la mémoire de la CAN à travers l’érection de musées du Football afin que les populations puissent revivre les temps forts de ce sport, mais aussi pour renforcer l’attractivité de nos stades au-delà du sport.

En somme, les infrastructures et les expertises générées par l’organisation de la CAN 2023 apparaissent, à nos yeux, comme des acquis qu’il faut impérativement transmettre aux générations présentes et futures.

Selon vous, quels atouts ont favorisé le choix de la Côte d’Ivoire pour accueillir la 34e édition de la CAN ?

La Côte d’Ivoire affiche un taux de croissance positif ces dix dernières années. Elle s’est dotée d’infrastructures modernes et a considérablement amélioré son indice de sécurité. La Côte d’Ivoire est également reconnue pour son hospitalité. Et c’est à juste titre que notre CAN est placée sous le thème de la CAN de l’hospitalité. Cette hospitalité n’est pas seulement “accueil” de l’autre, mais aussi respect et tolérance de l’autre dans sa différence et sa diversité culturelle. En plus de ces atouts, il faut noter le leadership du Président de la République, son Excellence Alassane Ouattara. La Côte d’Ivoire a retrouvé sa place dans le concert des nations. Ces éléments ont joué en faveur de notre candidature.

Le COCAN 2023 s’est engagé à faire vivre une expérience unique aux spectateurs et aux supporters. Quelles en sont les innovations ?

Nous avons apporté plusieurs innovations à l’organisation de cette compétition au nombre desquelles le Projet Héritage dont je viens de vous entretenir. Cela dit, je commencerai par citer notre modèle d’organisation qui repose sur l’implication directe des jeunes Ivoiriens. En effet, de jeunes Ivoiriens issus de l’INJS, de l’ONS et de divers milieux socio-professionnels ont été recrutés, formés et mentorés par une agence internationale pour livrer la compétition. A ces jeunes, nous allons ajouter environ six mille volontaires.

Il y a aussi notre approche inclusive, qui vise à associer toutes les forces vives de la nation. À ce titre, nous avons créé une plateforme appelée COCAN BUSINESS CLUB pour fédérer les acteurs du secteur privé et du monde économique autour des opportunités de l’organisation de la CAN. La jeunesse étant le fer de lance de ce pays, nous allons impliquer le monde universitaire à travers un partenariat avec le ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique. Cela assurera un bon taux de remplissage des stades, l’animation dans les campus et dans la ville. Dans la même dynamique, les organisations socio-professionnelles et les parties prenantes seront associées. Pour rapprocher l’organisation des villes hôtes, nous allons installer des comités locaux du COCAN. Leur mission : impliquer les populations et les conseils municipaux des villes hôtes dans l’organisation et la mobilisation, en particulier en ce qui concerne l’aspect festif populaire autour de ce grand évènement sportif.

La CAF a acté le report de cette édition de la CAN à janvier 2024 au lieu de juin 2023 pour des raisons climatiques. Quel est votre avis sur cette décision ?

Effectivement, le 03 juillet 2023, comme vous venez de le rappeler, la Confédération Africaine de Football a pris la décision de reporter la compétition pour la période Janvier/Février 2024, en raison de la forte pluviométrie observée au mois de juin. Le COCAN 2023 et le gouvernement ivoirien ont pris acte de cette décision. Je pense qu’elle n’appelle pas de commentaire particulier, si ce n’est que nous mettrons à profit le temps ainsi gagné pour affiner, approfondir et densifier l’organisation dans tous les compartiments, de sorte à réaliser la plus belle CAN de l’histoire de cette compétition. Permettez-moi de préciser que l’appellation reste inchangée, c’est-à-dire CAN2023.

Le challenge à tout point de vue reste l’organisation globale. Vous êtes-vous inspiré de modèles antérieurs ? Si oui, lesquels ?

Il faut savoir qu’il y a un cahier des charges qui définit les contours de l’organisation. Nous nous le sommes approprié. Nous travaillons également selon les normes FIFA. Notons que nous avons effectué plusieurs missions d’imprégnation au Cameroun pour nous inspirer de leur organisation avant et pendant la phase finale. Nous avons beaucoup appris et j’en remercie les autorités camerounaises. Enfin, pour relever le défi de l’organisation nous avons mis en place une assistance technique à maîtrise d’œuvre avec Vivendi Sports, pour capitaliser sur son expertise avérée dans l’organisation de grands évènements sportifs

Intéressons-nous à votre carrière politique. En 1995, vous entrez dans l’arène en écartant Monsieur Kouassi Lenoir, maire sortant d’alors, pour le contrôle du conseil municipal de Treichville. Qu’est-ce qui, en ce temps, avait fait bouger les lignes ?

Je constate que vous venez de quitter le terrain sportif pour celui de la politique, c’est une grande passe à ce que je vois. (Rire…)
Toute proportion gardée, je pense que notre travail, notre engagement et notre proximité avec les populations ont été des atouts qui ont joué en notre faveur.
Pour la petite histoire, j’étais alors enseignant-chercheur à l’Institut d’Histoire d’Art et d’Archéologie Africains [IHAAA]. Avec d’autres jeunes, nous rêvions de faire évoluer le débat au niveau de l’hémicycle, à l’image de ce qui se faisait en Occident. Malheureusement, nous avons été battus aux primaires de notre formation politique pour les législatives de cette époque. Ensuite, avec l’évolution des choses et notre engagement sur le terrain, nous avons été désignés têtes de liste d’une équipe composite de fils et filles de la commune de Treichville. Les populations nous ont accordé leurs suffrages, voyant en nous un avenir meilleur.

Vous êtes à la tête de la municipalité de Treichville depuis plus de 26 ans sans discontinuer. Qu’est-ce qui sous-tend cette longévité ?

Effectivement, 26 ans comme maire, c’est une grâce et j’en suis très reconnaissant à l’Eternel Dieu pour tous ses bienfaits et aux populations de Treichville pour la confiance chaque fois renouvelée en notre gouvernance. Mais il faut savoir que j’ai d’abord été conseiller municipal en 1985. Ensuite 1er adjoint au maire en 1990. Enfin maire depuis février 1996. Le secret de ma longévité, c’est mon appartenance à ma commune. Le secret de ma longévité, c’est ma connaissance et mes relations privilégiées avec toutes les familles sans exception.
C’est également l’amour que nous cultivons à Treichville.
Le secret de ma longévité, c’est l’union autour d’un idéal commun. C’est aussi le N’zassa, le vivre ensemble... Cela s’est ressenti lors de la crise qui a secoué notre pays. Parce qu’à Treichville, nos populations sont restées ensemble, unies et solidaires.

Quels sont les acquis majeurs à votre actif durant toutes ces années ?

Je dirais en premier lieu le maintien d’un climat de cohésion et de vivre ensemble entre les populations, sans lequel aucun développement n’est possible. Cela dit, je pourrais citer entre autres acquis majeurs, le développement du capital humain, le social et la solidarité, la transformation structurelle de la commune et la qualité de notre gouvernance à visage humain. Il est nécessaire de préciser que depuis 1997, le social et la solidarité occupent une place de choix dans notre action. En effet, depuis cette date, nous appliquons une politique de proximité avec nos populations dans la vie de tous les jours mais encore plus pendant la survenance d’évènements heureux ou malheureux. Nous redistribuons également aux couches défavorisées une partie des richesses de la commune sous la forme de prises en charge scolaires, médicales et funéraires. Il y a aussi les réalisations de nombreuses infrastructures. Mais pour nous, l’homme est au cœur de toute chose.  C’est pour cela que nous avons œuvré à l’amélioration et à la consolidation du cadre de vie de nos populations. Nous pensons avoir atteint notre objectif. Parce qu’aujourd’hui, Treichville est une commune où il fait bon vivre et qui fait envie.
Votre présence remarquée et remarquable toutes ces années sur la scène politique éclipserait presque votre vie antérieure. C’est à se demander ce que faisait François Amichia avant 1995...
(Rire...) Avant 1995, François Albert Amichia a fait un doctorat en histoire contemporaine à l’Université de Nice (France), obtenu en 1980. Rentré à Abidjan en 1981, j’ai été recruté comme enseignant chercheur par le président Laurent Gbagbo, alors Directeur de l’Institut d’Histoire d’Art et d’Archéologie Africains. Après son départ pour l’exil, j’ai assumé le rôle de Directeur Adjoint, puis Directeur par intérim avant mon entrée officielle en politique en 1985. Je peux dire que j’ai été un jeune garçon comme tout autre, avec ses rêves.

Votre longévité politique n’est plus à démontrer. Vous avez semble-t-il encore de belles années devant vous. Vous arrive-t-il tout de même de penser à vous retirer de la politique ?

Vous savez, j’ai toujours dit qu’après la politique, il y a une vie. Et pour moi, il doit y avoir une vie. Et j’aime dire à mes collaborateurs qu’on ne peut pas avoir été et vouloir encore être. Il faut toujours penser aux jeunes générations. Moi, j’aspire un jour à un repos bien mérité dans une plantation. Loin de tout...
   
Quel pourrait-être l’avenir de François Albert Amichia après la politique ?

Je l’ai dit plus haut, une retraite bien méritée dans une plantation loin de tout. Je pourrais toutefois être consulté sur certains sujets. En 30 ans, j’en ai appris beaucoup sur la décentralisation notamment. J’ai aussi un large regard sur la vie politique de mon pays pour avoir appris auprès du Président Félix Houphouët-Boigny, collaboré avec les Présidents Bédié, Gbagbo et aujourd’hui avec son Excellence le Président Alassane Ouattara. Enfin, fort de tout ce qui précède, je pourrais pourquoi pas écrire des livres, pour capitaliser mes années d’expérience et servir de guide aux générations futures.
 

Esprit Magazine

Lien :http://www.espritmagazine-ci.com/

  • 0
    • j'aime
    • Qui aime ça ? »
  • 0
    • je n'aime pas
    • Qui n'aime pas ça ? »
  •  
 

Réagissez, commentez !

  • Aucun commentaire pour l'instant
rechercher un article, une vidéo...